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Face aux étés de plus en plus brûlants, nos maisons de quartier ne peuvent plus improviser

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Face aux étés de plus en plus brûlants, nos maisons de quartier ne peuvent plus improviser

Photo: Department of Homeland Security. Federal Emergency Management Agency. Public Affairs Division. 3/1/2003, Public domain, via Wikimedia Commons

Il y a un détail qui en dit long : dans bien des maisons de quartier, le plan canicule ne figure toujours pas dans le budget prévisionnel. Il figure dans les marges, dans les heures bénévoles, dans le dévouement de quelques agents qui improvisent. Chaque été, ces équipements de proximité transforment leur salle d'activités en refuge climatisé, leur cuisine en point de distribution de bouteilles d'eau, leur fichier des adhérents en registre de veille. Et chaque été, on s'émerveille de leur réactivité sans se demander pourquoi elle repose sur l'à-peu-près.

Ce que cet été a encore révélé

Dans plusieurs quartiers, les dispositifs ont fonctionné. À Lyon comme à Toulouse, des centres sociaux ont ouvert leurs portes de dix heures à dix-huit heures, proposant aux personnes âgées isolées un espace rafraîchi, des jeux de société, un point d'hydratation et, surtout, une présence humaine. Dans certaines communes, la municipalité a financé des rafraîchisseurs d'air mobiles et réquisitionné la salle polyvalente quand le thermomètre dépassait les seuils d'alerte.

Mais ces réussites restent trop dépendantes de l'engagement individuel. Une directrice de centre social en Gironde résume : « Nous avons passé le mois de juillet à appeler 120 personnes âgées de nos fichiers avec deux bénévoles et un téléphone. Si l'une de nous était partie en congés, le dispositif s'effondrait. » Ce constat n'a rien d'exceptionnel : c'est la norme.

Un rôle que les textes reconnaissent sans le financer

Le paradoxe est saisissant. Les plans départementaux de gestion des canicules désignent officiellement les centres sociaux comme acteurs de l'accueil et du repérage des populations fragiles. Pourtant, la dotation globale de fonctionnement qui finance la majorité de ces structures stagne, quand elle ne recule pas. On confie une mission de sécurité sanitaire à des équipements dont on ne garantit pas même l'isolation thermique des locaux.

Car c'est là le nœud du problème : nombre de maisons de quartier occupent des bâtiments anciens, mal isolés, parfois plus chauds à l'intérieur qu'à l'ombre d'un square. Faire de ces lieux des îlots de fraîcheur crédibles suppose des travaux — volets, ventilation, végétalisation des cours, groupes froids — que les budgets associatifs ne peuvent absorber seuls.

Ce que devrait être un vrai plan d'investissement

Trois chantiers méritent d'être inscrits noir sur blanc dans les politiques municipales et intercommunales. Le premier : un programme pluriannuel d'adaptation thermique des équipements sociaux, financé en mutualisant fonds de prévention des risques, crédits de la politique de la ville et enveloppes climat des régions. Le deuxième : la reconnaissance des heures passées en veille estivale comme des heures d'activité subventionnées, et non comme du bénévolat de bonne volonté. Le troisième : un outillage partagé — registres numériques d'appel, protocoles clairs, liaisons directes avec les CCAS — pour que la vigilance ne repose plus sur des fichiers papier.

Une question de cohésion, pas seulement de confort

Il faut le dire sans détour : la maison de quartier est le seul équipement où une personne âgée isolée entre sans papier, sans rendez-vous, sans démarche. C'est cette accessibilité qui en fait le maillon le plus efficace du repérage des fragilités en période de chaleur. Le priver des moyens de remplir ce rôle, c'est accepter que la solidarité de proximité devienne un luxe d'été, tributaire de la présence de deux ou trois personnes dévouées.

Les étés à venir ne seront pas plus cléments. Nos territoires disposent déjà du réseau, des habitants et du savoir-faire. Ce qui manque, c'est la décision politique de traiter ces lieux comme ce qu'ils sont devenus : des infrastructures de protection, au même titre qu'un poste de secours ou un réseau d'eau. Il est encore temps de l'écrire dans les prochains budgets.

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